Amériques - Caraïbes - Arctique

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Mise à jour : 20 août 2011

Dans cette page :

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Contributions :  (par ordre alphabétique)

Obey Ament :

Nils Andersson :

Béhar A. :

Charles Philippe David et Élisabeth Vallet :

Karim Jobrane : 

Jean Frédéric Légaré - Tremblay (Études de la Chaire Raoul Dandurand)

Geiser et Parant :

Rébecca Johnson :

Bush Has Been Ditching Treaties Since He Came To Power

Karim Jobran :
Deuxième année de mandat d’Obama : Le chantier de la réconciliation avec le monde arabo-musulman (2010)

Jacques Le Dauphin : 

Michel Rogalski : 

Maurice Ronai : Stratégies de sortie de conflit (1996)

Julien Toureille : (Etudes de la Chaire Raoul Dandurand)

Contributions sur les Caraïbes :

 

 

Des livres à lire
Pour en savoir plus, voir la page sur les lectures conseillées

Actualité

L'Arctique sera-t-elle le lieu de nouveaux conflits ?

Voir notamment l'article de Patrick Simon à ce sujet ; mais voici l'actualité depuis

Octobre 2010 :
Le Canada qui a multiplié les déclarations sur sa souveraineté sur le grand nord, se décide enfin à préparer une discussion avec les autres pays concernés, en vue d'une réunion sous l'égide de l'Onu en 2013.


Septembre 2010
En visite officielle à Moscou, le ministre des Affaires étrangères du Canada, Lawrence Cannon, a défendu la souveraineté canadienne dans l'Arctique, hier, mais a catégoriquement refusé de parler de «militarisation» de la région. 

«Nous n'avons pas du tout l'intention de militariser l'Arctique», a-t-il dit en conférence de presse, accompagné de son homologue russe, Sergueï Lavrov.

Paradoxalement, le ministre Cannon a enchaîné en soulignant que le Canada exercera sa souveraineté en Arctique «d'abord par une présence robuste des Forces canadiennes et des équipements qui doivent nécessairement entourer leur présence».

Au mois d'août, quand le gouvernement conservateur a dévoilé sa politique sur l'Arctique, il avait affirmé que la souveraineté canadienne y remonte «à très loin», qu'elle est «bien établie et basée sur notre droit de propriété historique». Or, elle n'a jamais été reconnue internationalement.

Réitérant sa volonté de défendre la souveraineté du Canada en Arctique, le gouvernement fédéral entend mettre l'accent dorénavant sur le règlement des disputes territoriales avec ses voisins nordiques.

À quelques jours d'une visite du premier ministre Stephen Harper dans le Grand Nord canadien, sa cinquième en cinq ans, Ottawa fait de l'établissement de frontières claires dans la région sa priorité.

Pour le député libéral du Yukon, Larry Bagnell, l'Énoncé de la politique étrangère ne contient «rien de neuf» de la part du gouvernement conservateur, «qui a été incapable de tenir ses promesses en Arctique».

«Il n'y a pas d'infrastructures portuaires. La région n'a pas la capacité ni la préparation nécessaires pour faire face à d'éventuels déversements de pétrole, advenant qu'il y ait du forage. Et même les promesses d'équipements militaires, comme l'achat de brise-glaces, n'ont pas été tenues», a estimé M. Bagnell.

Les maires s'opposent aux dépenses militaires américaines

Par Tine Cruichshank

Aujourd'hui, à la séance plénière d'ouverture du Forum mondial sur la paix, des maires américains se sont opposés au budget militaire de leur nation qui ne cesse de croître. Des maires des quatre coins du monde ont participé à la séance plénière d'ouverture, y compris Christopher Weeramantry du Sri Lanka, Jennifer Hosterman de Pleasanton en Californie, et Winstanley Johnson de Freetown à la Sierra Leone.

« Je crains que mon pays, les États-Unis d'Amérique, ne fait rien en matière de vrai chefferie,» raconte Hosterman, qui a reçu plusieurs applaudissements lorsqu'elle a mentionné la responsabilité des maires du monde d'agir en ce qui concerne les questions nationales et internationales qui affectent leurs communautés. Hosterman a parlé de sa responsabilité quant à la communauté qu'elle représente, estimant que la protection de sa communauté contre les difficultés environnementales et socio-économiques ne s'arrête pas à l'Hôtel de Ville, mais que ses fonctions l'obligent à régler de plus vastes enjeux lorsque l'Administration Bush ne les protège pas contre les menaces du réchauffement de la planète et de la prolifération des armes nucléaires. Greg Speeter de Cities for Peace a poursuivi dans la même veine en soulignant que les autorités locales doivent aborder les questions de dégradation environnementale, de pauvreté et de violence « avec de moins en moins de ressources. » Speeter a déploré la taille du budget militaire américain comparativement au montant dépensé pour la protection de l'environnement, la santé, et les programmes antipauvreté. Selon Speeter : « 31 pour cent des enfants de Chicago vivent sous le seuil de la pauvreté. Avant que l'Administration Bush prenne le pouvoir, on parlait de 25 pour cent.» D'ailleurs, « le montant dépensé par Chicago pour la guerre, chaque année, pourrait fournir une éducation universitaire à chaque diplômé du secondaire et permettre la construction d'une dizaine d'écoles dans la ville. » Le Forum mondial sur la paix permet aux organismes, tels que Mayor for Peace et l'Association internationale des villes messagères de la paix, de coordonner et synchroniser leurs efforts afin de combattre les questions mondiales qui affectent leurs propres communautés. Le président de l'International Council for Local Environmental Issues et conseiller COPE de Vancouver David Cadman, a noté que « les villes visent une campagne internationale qu'elles n'ont probablement jamais cru possible.» Cadman a expliqué que les deux pays qui ont refusé de signer le protocole de Kyoto, soit l'Australie et les États-Unis, sont fortement représentés dans les plans municipaux pour réduire leurs gaz à effet de serre à un niveau de 20 pour cent plus bas que ceux de 1990 et des mesures concrètes ont déjà été prises.

 

© World Peace Forum — All Rights Reserved

 


A propos de la visite éclair de G. Bush en Europe

A la veille de ce voyage, l’hebdomadaire " Courrier International ", paraphrasant une tirade célèbre du Cid, titrait : "  A moi, Europe deux mots ! ". Comment apprécier ce déplacement ? On notera tout d’abord que ce fut un très court périple de cinq jours (20 février-24 février), au demeurant très sélectif en ce qui concerne les rencontres auxquelles il a donné lieu. On notera, outre les officiels belges à son arrivée à Bruxelles, J.M. Barroso, président de la Commission européenne, J. Chirac lors d’un dîner, G. Schroder à Mayence et pour terminer V. Poutine à Bratislava, et bien sûr, au cours du séjour à Bruxelles, sa participation au Sommet de l’Otan et au Sommet Union européenne-Etats-Unis. Une affaire rapidement menée, sur laquelle il convient de s’interroger, quant à ses motivations. Peut-être séduits par l’opération de charme déployée quelques jours auparavant par le secrétaire d’Etat, Condoleezza Rice, lors de sa prestation à Paris, à Sciences-Po, certains commentateurs ont cru voir dans ce voyage un certain infléchissement de la politique extérieures américaine, laquelle deviendrait plus con,sensuelle, plus ouverte au multilatéralisme. Et dans ce nouveau cadre, l’Europe deviendrait ainsi un partenaire reconnu et respecté des Etats-Unis. Et toujours selon ces commentateurs, il conviendrait de ne pas bouder ces évolutions, mais tout au contraire de les aider à s’épanouir. Une telle analyse ne se limite pas à des commentaires de presse écrite ou audiovisuelle. Ainsi le Haut représentant de l’Union européenne pour la politique étrangère, Javier Solana, a jugé lui-même nécessaire de préciser : " Nous sommes bien décidés à prouver qu’une Europe forte et unifiée est le partenaire le plus convenable des Etats-Unis, car elle a la même façon de penser ". C’est une curieuse conception d’une maturité européenne qui dépendrait du jugement et de l’aval d’une sorte de suzerain.

Sans doute lors de son séjour, G. Bush a distribué abondamment ses sourires aux différents interlocuteurs, sourires qui ne pouvaient que lui être retournés à la grande satisfaction des photographes. Mais au-delà de ces postures de façade, ou à la lecture des textes, on perçoit très vite que les Etats-Unis ne sont pas plus prêts qu’avant, à se concerter avec les Européens sur les orientations fondamentales. Les prestations antérieures de Donald Rumsfeld, lors de la rencontre de l’Otan à Nice les 8 et 9 février, et même celles de Candoleezza Rice à Sciences-Po et à Bruxelles au-delà de formules aimables, laissaient quant au fond, peu de doutes à ce sujet. Les réactions épidermiques à toutes velléité d’autonomie européenne demeurent permanentes. Ainsi celle, à la suite du message de G. Schroder à la Conférence sur la sécurité à Munich (11 février) posant les fondements d’un nouveau partenariat transatlantique et d’un nouveau dialogue stratégique. En utilisant le terme de dialogue stratégique, G. Schroder a frisé la crise diplomatique. Nul n’est besoin de remonter bien loin pour se convaincre du maintien de cap. Le 20 janvier 2005, pour son second mandat G. Bush a prêté serment sur le Bible, avec une rhétorique néo-conservatrice notable, présentant une vision du monde, que tous les peuples extérieurs aux frontières américaines peuvent trouver messianique et arrogante. Mais alors, quel sens donner à ce voyage ? Sans être exhaustives, quelques pistes de réflexion peuvent être ouvertes. Embourbé en Irak, Washington cherche à ne plus porter seul l’énorme poids militaire, financier et diplomatique de ses engagements extérieurs. Comme l’a souligné G. Bush à Bruxelles, " l’Amérique soutient une Europe forte car nous avons besoin d’un partenaire solide dans la rude tâche de faire avancer la liberté dans le monde ". Comme cela avait été perceptible lors du Sommet de l’Otan à Istanbul en 2004, les Américains cherchent un relais européen pour l’Irak et à dépasser l’accord à minima obtenu à Istanbul. Mais le relais d’une armée américaine, absolument débordée, ne suscite pas l’enthousiasme des Européens. La tendance n’est pas à de nouveaux engagements mais plutôt à des désengagements. Hormis le Royaume-Uni, les soldats d’autres pays de la coalition, suivant l’exemple espagnol, sont sur le départ comme les Polonais, les Danois, les Ukrainiens… si la mission de formation des policiers et des soldats irakiens, définie à Istanbul pour l’Otan est en cours, la France et l’Allemagne y participent mais hors du sol irakien. Outre l’Irak, des désaccords persistent sur la manière de gérer les crises, ainsi sur les dossiers chauds comme l’Iran, la Syrie, le " Grand Moyen-Orient ". Est-ce à dire que ces visées américaines de vassalisation des Européens sont nécessairement vouées à l’échec. Au sein de l’Union européenne, on sait que les pays partisans de liens étroits avec les Etats-Unis sont nombreux, outre le Royaume-Uni et l’Italie, les nouveaux entrants. Le rapport aux Etats-Unis ne fait pas consensus au sein des vingt-cinq. Par ailleurs, se heurtant à la pression américaine jusqu’où iront les velléités autonomistes de l’Allemagne et de la France. La crainte du découplage est toujours omniprésente. La réponse dépendra pour beaucoup, en dernière analyse, de l’intervention de l’opinion publique. On a assez parlé, dans les médias, des multiples manifestations de rues qui se sont déroulées en Europe, lors de la réunion de l’Otan à Nice et lors du voyage de G. Bush en Europe, qui ont pourtant rassemblé des dizaines de milliers de personnes. Même si les services de sécurité ont tenu le président américain à l’écart de ces témoignages, ils n’en demeurent pas moins significatifs. Hostilité à la politique hégémonique américaine facteur de désordre mondial, volonté de voir l’Europe jouer un rôle plus autonome, ont été exprimés avec force lors de ces démonstrations. Elles sont le reflet d’un état d’esprit, largement partagé, dans les opinions européennes. A l’évidence cela pèsera dans les évolutions ultérieures.

Jacques Le Dauphin,

Directeur de l’IDRP

8 mars 2005

 

Des sites Internet intéressants :

 

  • Forum social des Amériques

 

Remember

Je fais le rêve encore qu'un jour la guerre prendra fin, que les hommes transformeront leurs épées en socs de charrue et leurs lances en ébranchoirs, que les nations ne s'élèveront plus les unes contre les autres et qu'elles n'envisageront plus jamais la guerre. Je fais encore le rêve qu'un jour l'agneau et le lion s'étendront l'un près de l'autre, que tous les hommes s'assoiront sous leur treille et leur figuier, et que personne n'aura plus peur

Martin Luther King        La seule révolution (1967)

 

Discours prononcé par Martin Luther King, Jr, sur les marches du Lincoln Memorial,
Washington, D.C, le 28 août 1963

 Il y a cent ans, un grand Américain, qui jette sur nous aujourd'hui son ombre symbolique, a signé la Proclamation d'émancipation. Cet arrêté d'une importance capitale venait porter la lumière, comme un phare d'espoir, aux millions d'esclaves Noirs, marqués par les flammes d'une injustice foudroyante, et annonçait l'aube joyeuse qui allait mettre fin à la longue nuit de la captivité. Mais un siècle plus tard, nous devons faire le constat tragique que les Noirs ne sont pas encore libres. Un siècle plus tard, la vie des Noirs reste entravée par la ségrégation et enchainée par la discrimination.

Un siècle plus tard, les Noirs représentent un ilôt de pauvreté au milieu d'un vaste océan de prospérité matérielle. Un siècle plus tard, les Noirs languissent toujours dans les marges de la société américaine, des exilés dans leur propre terre. Alors nous venons ici aujourd'hui pour dramatiser notre condition effroyable.

Nous venons à la capitale de notre nation pour demander, en quelque sorte, le paiement d'un chèque. Quand les architectes de notre République écrivirent les textes magnifiques de la Constitution et de la Déclaration d'Indépendance, ils signèrent un billet à l'ordre de chaque américain. C'était la promesse que chacun serait assuré de son droit inaliénable à la vie, à la liberté et à la poursuite du bonheur.

Il est aujourd'hui évident que l'Amérique a manqué à cet engagement quant à ses citoyens de couleur. Au lieu de faire honneur à cette obligation sacrée, l'Amérique a passé au peuple Noir un chèque qui revient marqué "sans provisions". Mais nous ne saurons croire qu'il n'y a plus suffisamment de provisions dans les grands coffres d'opportunités nationaux. Alors nous venons exiger notres paiement contre ce chèque, paiement sur demande des richesses de la liberté et de la sécurité que procure la justice.

 Nous venons également à cet endroit sacré pour rappeler à l'Amérique l'urgence absolue de ce moment. Ce n'est pas le moment de prendre le luxe de laisser calmer les esprits, ni de nous laisser endormir par une approche gradualiste. Il est temps de quitter la vallée sombre et désolée de la ségrégation pour prendre le chemin ensoleillée de la justice raciale. Il est temps d'ouvrir les portes de l'opportunité à tous les enfants de Dieu. Il est temps de tirer notre nation des sables mouvants de l'injustice raciale jusqu'au rocher solide de la fraternité.

Que la nation ne tienne pas compte de l'urgence du moment, qu'elle sous-estime la détermination des Noirs, lui serait fatal. Cet été étouffant du mécontentement légitime des Noirs ne prendra fin qu'à l'arrivée d'un automne vivifiant qui amènera liberté et égalité. L'année 1963 n'est pas une fin, mais un début.

Ceux qui veulent croire que les Noirs seront satisfaits seulement de s'exprimer avec force auront un fàcheux réveil si la nation revient aux affaires habituelles comme si de rien n'était. L'Amérique ne connaîtra ni repos ni tranquillité tant que les Noirs ne jouissent pas pleinement de leurs droits civiques. Les orages de la révolte continueront à secouer les fondations de notre pays jusqu'au jour où la lumière de la justice arrivera. Mais il y a quelque chose que je dois dire à mon peuple, qui est sur le point de franchir le seuil de la justice. En luttant pour prendre notre juste place, nous ne devrons pas nous rendre coupables d'actes injustes. Ne buvons pas de la coupe de l'amertume et de la haine pour assouvir notre soif.

Nous devons toujours conduire notre lutte dans un haut souci de dignité et de la discipline. Nous ne pouvons pas laisser notre protestation créative dégénérer en violence physique. Encore et encore, nous devons atteindre ce niveau exalté où nous opposons à la force physique la force de l'âme. Le militantisme merveilleux qui a pris la communauté noire ne doit pas nous amener à nous méfier de tous les Blancs, on le voit par leur présence ici aujourd'hui, se sont rendus compte que leur destin dépend étroitement de la nôtre. Nous ne pouvons pas marcher seuls.
 

Et quand nous marchons, nous ne devons jurer d'aller toujours de l'avant. Nous ne pouvons pas faire demi-tour. Il y en a qui demandent aux fervents des droits civiques, "Quand serez-vous satisfaits ?" Nous ne serons étre satisfaits tant que nous ne pouvons pas laisser nos corps fatigués se reposer dans les motels des routes ni les hôtels des villes.

Nous ne serons être satisfaits tant que les Noirs ne peuvent bouger que d'un petit ghetto à un ghetto plus grand. Nous ne serons être satisfaits tant qu'un Noir en Mississippi n'aura pas le droit de voter et qu'un Noir à New York ne verra rien pour lequel on peut voter. Non, non, nous ne sommes pas satisfaits et nous ne serons satisfaits que le jour où la justice se déchaînera comme les eaux, et que la justice sera comme un fleuve puissant.

Je ne suis pas sans savoir que certains d'entre vous arrivent ici après maintes épreuves et tribulations. Certains d'entre vous viennent directement des cellules étroites des prisons. Certains d'entre vous viennent des régions où votre quête pour la liberté vous a laissé meurtris par les orages de la persécution et renversés par le vent de la brutalité policière.

Vous êtes les vétérans de la souffrance créative. Persévérez dans l'assurance que la souffrance non méritée vous apportera rédemption.

Retournez dans le Mississippi, retournez en l'Alabama, retournez en Géorgie, retournez en Louisiane, retournez dans les ghettos et quartiers pauvres de nos villes du Nord, en sachant que cette situation, d'une manière ou d'une autre, peut être et sera changée. Ne nous complaisons pas dans la vallée du désespoir.

Je vous dis aujourd'hui, mes amis, que malgré les difficultés et les frustrations du moment, j'ai quand même un rêve. C'est un rêve profondément enraciné dans le rêve américain.

J'ai un rêve qu'un jour, cette nation se lèvera et vivra la vrai signification de sa croyance : "Nous tenons ces vérités comme allant de soi, que les hommes naissent égaux".

J'ai un rêve qu'un jour, sur les collines de terre rouge de la Géorgie, les fils des anciens esclaves et les fils des anciens propriétaires d'esclaves pourront s'asseoir ensemble à la table de la fraternité.

J'ai un rêve qu'un jour même l'Etat de Mississippi, un désert étouffant d'injustice et d'oppression, sera transformé en un oasis de liberté et de justice.

J'ai un rêve que mes quatre enfants habiteront un jour une nation où ils seront jugés non pas par la couleur de leur peau, mais par le contenu de leur caractère.

J'ai un rêve aujourd'hui.

J'ai un rêve qu'un jour l'Etat de l'Alabama, dont le gouverneur actuel parle d'interposition et de nullification, sera transformé en un endroit où des petits enfants noirs pourront prendre la main des petits enfants blancs et marcher ensemble comme frères et soeurs.

J'ai un rêve aujourd'hui.

J'ai un rêve qu'un jour, chaque vallée sera levée, chaque colline et montagne seront nivellées, les endroits rugueux seront lissés et les endroits tortueux seront fait droits, et la gloire du Seigneur sera révélée, et tous les hommes la verront ensemble.

Ceci est notre espoir. C'est avec cet espoir que je rentre dans le Sud. Avec cette foi, nous pourrons transformer les discordances de notre nation en une belle symphonie de fraternité. Avec cette foi, nous pourrons travailler ensemble, prier ensemble, lutter ensemble, être emprisonnés ensemble, en sachant qu'un jour nous serons libres.

Quand ce jour arrivera, tous les enfants de Dieu pourront chanter avec un sens nouveau cette chanson patriotique, "Mon Pays, c'est de toi, douce patrie de la liberté, c'est de toi que je chante. Terre où reposent mes aïeux, fierté des pélerins, de chaque montagne, que la liberté retentisse."

Et si l'Amérique veut être une grande nation, ceci doit se faire. Alors, que la liberté retentisse des grandes collines du New Hampshire. Que la liberté retentisse des montagnes puissantes de New York. Que la liberté retentisse des Hauts Alleghenies de la Pennsylvanie!

Que la liberté retentisse des Rockies enneigées du Colorado!

Que la liberté retentisse des beaux sommets de la Californie!

Mais aussi que la liberté retentisse Des Stone Mountains de la Géorgie!

Que la liberté retentisse des Lookout Mountains du Tennessee!

Que la liberté retentisse de chaque colline et de chaque taupinière du Mississippi! Que la liberté retentisse!

Quand nous laisserons retentir la liberté, quand nous la laisserons retentir de chaque village et de chaque lieu-dit, de chaque Etat et de chaque ville, nous ferons approcher ce jour quand tous les enfants de Dieu, Noirs et Blancs, Juifs, Catholiques et Protestants, pourront se prendre par la main et chanter les paroles du vieux spiritual noir :
"Enfin libres ! Enfin libres ! Dieu tout-puissant, merci, nous sommes enfin libres!"