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Mise à jour : 24 avril 2008

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  Le nécessaire débat sur le nucléaire

par Pascal BONIFACE (La Croix, 14 janvier 2008)

 

La Commission sur le Livre blanc sur la Défense devra remettre les conclusions de ses travaux au printemps. Faut-il s'attendre à des bouleversements, à des propositions particulièrement novatrices ?

La Commission n'a bien sûr pas de pouvoirs concernant l'enveloppe budgétaire. Ne comportant aucun sociologue de la Défense, elle aura des difficultés à aborder le sujet hypersensible de la condition militaire. Depuis prés de vingt ans, les différents gouvernements ont soigneusement évité d'aborder la question de la libre expression des militaires, par exemple. Le cadre des relations France-OTAN a d'ores et déjà été clarifié. Tant le président que le ministre de la défense ont affirmé assez explicitement leur acceptation de voir la France réintégrer l'OTAN en échange d'une européanisation de celle-ci. Reste à connaître la réponse de Washington.

Il y a cependant un domaine où la Commission peut largement innover, celui de la dissuasion. Mais la composition de cette Commission, pour ce qui est des experts extérieurs, peut susciter sur ce point quelques inquiétudes. Elle est, sur le plan des idées stratégiques (où les clivages dépassent ceux des familles politiques), nettement moins diversifiée que celle mise en place par le ministère des affaires étrangères. L'horizon - étroit - va des atlantistes traditionnels aux partisans des thèses néoconservatrices les plus radicales. Des experts stratégiques pourtant proches de l'actuelle majorité politique, mais s'inscrivant plus dans la tradition gaullo-mitterrandiste, n'ont pas été retenus. Ceux qui l'ont été étaient favorables, ouvertement ou plus discrètement pour ceux qui vivent de fonds publics, à la guerre d'Irak, même s'ils ont désormais sur ce point une mémoire défaillante. Nombre d'entre eux plaident aujourd'hui pour la fermeté, y compris par des moyens militaires, à l'égard de l'Iran. Ils étaient également pour la plupart, partisans du concept américain de riposte graduée (acceptant que les armes nucléaires soient considérées comme des armes de combat), opposé au concept français de dissuasion.

Ce concept de dissuasion a été développé bien après l'explosion d'Hiroshima. Ceci explique qu'il y a toujours eu deux visions de l'arme nucléaire. Pour les uns, c'est un outil militaire parmi d'autres, même s'il a des caractéristiques particulières. Elle peut donc contribuer à la victoire militaire. Pour les autres, c'est une arme avant tout politique. Son but n'est pas de gagner les guerres, mais de les empêcher. En France, la vision politique de l'arme stratégique a toujours prévalu, non sans difficultés. Nécessité a fait vertu car la France n'avait pas les moyens de suivre la course aux armements. Au début des années 90, la plupart des experts membres de cette commission plaidaient déjà pour une "adaptation" de la théorie française, remplaçant le concept du faible au fort par celui du fort au fou, prévoyant là encore que des armes nucléaires puissent être utilisées de façon sélective et "décapitante". C'est ce qu'a d'ailleurs failli proposer le Livre blanc de 1994, avant que François Mitterrand n'y oppose un ferme veto. On peut penser qu'une nouvelle tentative va être lancée toujours avec les mêmes "nouveaux" arguments.

Ces tentatives pour donner un caractère opérationnel à notre arsenal nucléaire ont été nombreuses mais jusqu'ici infructueuses. Gageons que la rédaction du Livre blanc va être l'occasion d'une nouvelle tentative. Elle sera, comme les précédentes, accompagnée d'arguments d'apparent bon sens. Sous couvert de modernité, on resservira des arguments utilisés depuis des décennies. Du type " il ne faut pas se laisser enfermer dans le tout ou rien ", " il faut donner une gamme plus complète de choix possibles aux décideurs politiques ", ou encore " il s'agit de se prémunir contre de nouveaux acteurs qui ne partagent pas notre rationalité ". Mais ces habillages théoriques n'ont d'autres fonction que de permettre la mise au point d'armes nucléaires destinées à être employées militairement.

 

Il convient d'ailleurs de s'interroger sur la finalité du Laser Megajoule. N'est-il pas le moyen de mettre au point des armes nucléaires dites " chirurgicales " et dont l'emploi serait aussi plus aisé ?

 

Le glissement vers une doctrine nucléaire prévoyant l'emploi des armes nucléaires serait contraire à la sécurité collective. Elle le serait également aux intérêts français en délégitimant sa force de dissuasion. Cela mérite pour le moins un débat ouvert, transparent et contradictoire.

 

 

FACE À LA MENACE NUCLÉAIRE, KOFI ANNAN DEMANDE AUX ÉTATS D’ACCOMPLIR PARALLÈLEMENT DES PROGRÈS DANS LES DOMAINES DE LA NON-PROLIFÉRATION ET DU DÉSARMEMENT

On trouvera ci-après le texte intégral de l’allocution prononcée par le Secrétaire général des Nations Unies, M. Kofi Annan, à l’Université de Princeton, le 28 novembre 2006

 

J’aimerais dire tout d’abord combien je suis heureux d’avoir été invité à prononcer une allocution par une école qui tient son nom de Woodrow Wilson, le grand pionnier du multilatéralisme et l’avocat de la paix mondiale, qui a milité notamment en faveur de limitations concertées des armes meurtrières sur le plan international.

Princeton est indissolublement liée à la mémoire d’Albert Einstein et de nombreux autres grands savants qui ont contribué à faire des États-Unis la première puissance nucléaire. C’est là un cadre tout à fait approprié pour mon allocution de ce soir du fait que mon thème principal est le danger des armes nucléaires et la nécessité d’y faire face d’urgence à la fois en empêchant la prolifération et en encourageant le désarmement. Je montrerai que ces deux objectifs – le désarmement et la non-prolifération – sont indissociables et que pour parvenir à des progrès dans un domaine, il faut aussi avancer dans l’autre.

Il règne actuellement un sentiment d’insécurité presque général, mais ses causes, de même que l’urgence des risques, varient suivant les différentes parties du monde. Il est probable que la priorité irait majoritairement aux menaces d’ordre économique et social, c’est-à-dire la pauvreté, la dégradation de l’environnement et les maladies infectieuses.

D’autres mettraient l’accent sur les conflits entre États, d’autres encore sur les conflits internes et la guerre civile. Nombreux sont ceux – en particulier mais non exclusivement dans le monde développé – qui inscriraient le terrorisme en tête de liste.

En vérité, toutes ces menaces sont liées entre elles et dépassent les frontières nationales. Des stratégies mondiales communes sont nécessaires pour y faire face, et les gouvernements se rassemblent effectivement, à l’ONU et ailleurs, pour en élaborer et les mettre en œuvre. Le seul domaine où il n’en existe aucune est justement celui qui risque de présenter le plus grand danger, à savoir les armes nucléaires.

Je dis le plus grand danger, et cela pour trois raisons:

En premier lieu, les armes nucléaires constituent une menace sans précédent pour l’existence de l’humanité tout entière.

En deuxième lieu, le régime de non-prolifération nucléaire se heurte actuellement à une crise de confiance majeure. La Corée du Nord s’est retirée du Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires (TNP), tandis que l’Inde, Israël et le Pakistan n’y ont jamais été parties. De sérieux doutes, pour le moins, planent quant à la nature du programme nucléaire iranien. Il en résulte que la légitimité et la crédibilité de l’approche au cas par cas de la non-prolifération que les puissances nucléaires actuelles ont adoptées sont à leur tour remises en question.

En troisième lieu, la montée du terrorisme, qui s’accompagne du danger que les terroristes puissent acquérir des armes nucléaires, accroît considérablement la menace de leur emploi.

Et pourtant, malgré la gravité et l’ampleur de cette menace, les gouvernements du monde l’abordent de manière sélective et non globale.

Cette démarche est dans un sens compréhensible. L’idée même de l’autodestruction du monde est insoutenable. Mais il ne faut pas s’arrêter là. Il faut essayer d’imaginer les conséquences humaines et écologiques de l’explosion d’une bombe nucléaire dans une grande métropole – voire dans plusieurs – ou d’un affrontement général entre deux États dotés de l’arme nucléaire.

En mettant l’accent sur les armes nucléaires, je ne cherche pas à minimiser le problème des armes chimiques ou biologiques qui sont également des armes de destruction massive interdites en vertu de traités internationaux. En fait, la menace la plus importante et dont on ne tient pas assez compte est la possibilité que des terroristes emploient une arme biologique – et c’est là que doit s’imposer réellement une réflexion nouvelle.

Les armes nucléaires n’en restent pas moins les plus dangereuses. Une seule bombe peut détruire une ville tout entière, comme nous l’avons vu à Hiroshima et à Nagasaki, et il existe maintenant des engins infiniment plus puissants qu’en 1945. Ces armes constituent une menace sans précédent pour l’humanité tout entière.

Il y a 40 ans, presque tous les États du monde, conscients que ce danger doit être évité à tout prix, se sont rassemblés et ont forgé un outil d’une importance considérable, le Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires.

Cet instrument était essentiellement un contrat passé entre, d’une part, les États qui étaient reconnus à cette époque comme dotés de l’arme nucléaire et, de l’autre, le reste de la communauté internationale. Les premiers s’engageaient à négocier de bonne foi au sujet du désarmement nucléaire, à empêcher la prolifération et à faciliter l’utilisation de l’énergie nucléaire à des fins pacifiques, tout en déclarant individuellement qu’ils s’abstiendraient de menacer de l’arme nucléaire les États qui n’en possédaient pas. À son tour, le reste du monde s’engageait à ne pas acquérir ou fabriquer d’armes nucléaires et à soumettre toutes leurs activités nucléaires à la vérification de l’Agence internationale de l’énergie atomique ( AIEA). Ainsi, le TNP avait pour but à la fois de prévenir la prolifération et de faire progresser le désarmement, tout en garantissant le droit qu’ont tous les États, dans des conditions spécifiques, d’utiliser l’énergie nucléaire à des fins pacifiques.

De 1970 – date de son entrée en vigueur – jusqu’à récemment, le TNP a été largement considéré comme la pierre angulaire de la sécurité mondiale. Les sombres prédictions de ses critiques ne s’étaient pas concrétisées. L’armement nucléaire n’avait pas contaminé des dizaines d’États, comme le Président Kennedy et d’autres l’avaient prédit dans les années 60, et cela est encore vrai aujourd’hui. En fait, le nombre d’États qui n’ambitionnent plus de posséder des armes nucléaires dépasse celui des États qui en ont acquis.

Pourtant, durant les dernières années, le TNP a été sévèrement critiqué du fait que la communauté internationale n’a pas pu se mettre d’accord sur le moyen de l’appliquer à certaines crises en Asie du Sud, dans la péninsule coréenne et au Moyen-Orient, et que quelques États parties chercheraient à posséder l’arme nucléaire.

À deux reprises, en 2005, les gouvernements ont eu la possibilité de renforcer les assises du Traité, d’abord à la Conférence d’examen en mai et ensuite au Sommet mondial de septembre. Ils ont échoué dans les deux cas, essentiellement pour ne pas avoir pu s’entendre sur l’ordre de priorité de la non-prolifération et du désarmement, à savoir lequel ou laquelle devait précéder l’autre.

Les tenants de la « non-prolifération d’abord » – essentiellement les États dotés d’armes nucléaires et leurs partisans – estiment que le principal danger vient non pas des armes nucléaires en tant que telles mais de ceux qui en possèdent, et par conséquent de leur transfert à de nouveaux États et à des acteurs non étatiques (ce qu’on appelle la « prolifération horizontale »). Les États dotés d’armes nucléaires disent qu’ils sont parvenus à un désarmement considérable depuis la fin de la guerre froide, mais que leur responsabilité à l’égard de la paix et de la sécurité internationales exige qu’ils conservent un dispositif de dissuasion nucléaire.

D’autre part, les tenants du « désarmement d’abord » proclament que le danger le plus pressant vient des arsenaux nucléaires existants et de leur perfectionnement constant (ce que l’on appelle la « prolifération verticale »). Un grand nombre d’États non dotés d’armes nucléaires accusent ceux qui en possèdent de reculer devant les engagements qu’ils ont pris en 1995 (lorsque le TNP a été prorogé pour une durée indéfinie) et qui ont été réaffirmés pas plus tard qu’en 2000. Pour ces pays, le grand bargain du TNP est devenu un leurre. Ils notent que le Conseil de sécurité de l’ONU a souvent qualifié la prolifération des armes de destruction massive de menace contre la paix et la sécurité internationales, mais n’a jamais déclaré que les armes nucléaires constituaient en soi une menace du même genre. Ils ne constatent aucun progrès réel vers le désarmement nucléaire et estiment que cette lacune présage un apartheid permanent entre ceux qui ont des armes nucléaires et ceux qui n’en ont pas.

Les deux groupes concernés estiment que l’existence de quatre nouveaux États possédant des armes nucléaires, hors du cadre du TNP, renforce leur argument.

Ce débat fait écho à un argument beaucoup plus ancien : les armes sont-elles la cause ou le symptôme du conflit? J’estime pour ma part que cette question est vaine, contreproductive et fondée sur de fausses dichotomies.

Le renforcement des arsenaux peut certes créer une menace déclenchant un conflit, et un conflit politique peut tout aussi bien motiver l’acquisition d’armes. Il faut en fait s’attacher à la fois à réduire les armes et à endiguer les conflits. De même, il faut s’efforcer de parvenir aussi bien au désarmement qu’à la non-prolifération.

Or, chacun attend que l’autre agisse. Il en résulte que la « destruction mutuelle assurée » a été remplacée par la paralysie mutuelle assurée. C’est là un signe redoutable de désunion et d’irrespect grandissant à l’égard de l’autorité du Traité. Il en résulte un vide que certains peuvent exploiter.

J’ai dit au début de cette année que nous sommes des « somnambules qui marchons vers la catastrophe ». En vérité, la situation est encore pire et nous nous sommes endormis aux commandes d’un avion en détresse. Faute de nous réveiller à temps, nous courons à coup sûr au désastre.

Un avion, bien entendu, ne peut se maintenir en l’air que si les deux ailes sont en bon état. Nous ne saurions choisir entre non-prolifération et désarmement. Ces deux aspects doivent être maîtrisés, avec l’urgence qui s’y attache.

Permettez-moi de m’attarder sur ces deux aspects.

À ceux qui prônent la priorité du désarmement, je réponds ceci :

-- La prolifération ne menace pas uniquement, ni même principalement, ceux qui disposent déjà d’armes nucléaires. Plus nombreux sont les doigts sur la gâchette nucléaire et plus ces doigts appartiennent à des dirigeants d’États instables – ou, pire, à des acteurs non étatiques – plus grande est la menace pour l’humanité tout entière.

-- L’absence de progrès en matière de désarmement n’est pas une raison pour ne pas s’attaquer aux dangers de la prolifération. Aucun État ne doit s’imaginer qu’en réalisant un programme d’armement nucléaire, il peut se poser en défenseur du TNP; encore moins peut-il convaincre les autres de désarmer.

-- Je sais que certains États influents, qui ont eux-mêmes scrupuleusement respecté le Traité, sont convaincus que les possesseurs d’armes nucléaires ne se sont pas montrés à la hauteur de leurs obligations en matière de désarmement. Mais ils doivent prendre garde que leur ressentiment ne les pousse du côté des proliférateurs. Ils doivent déclarer sans ambages que l’acquisition d’armes interdites ne sert jamais la cause de leur élimination. La prolifération ne peut que rendre encore plus difficile le désarmement.

-- J’exhorte tous les États à rendre à César ce qui est à César. C’est-à-dire reconnaître le désarmement là où il existe. Applaudir aux avancées que les États dotés d’armes nucléaires ont faites, que ce soit unilatéralement ou par la négociation, vers la réduction des arsenaux nucléaires ou la prévention de leur expansion. Reconnaître enfin que les États dotés d’armes nucléaires ont pratiquement cessé de produire de nouvelles matières fissiles à des fins militaires et continuent d’appliquer des moratoires sur les essais.

-- Je les exhorte pareillement à appuyer des mesures, même de moindre ampleur, en vue d’endiguer la prolifération, telles que les efforts visant à renforcer les contrôles à l’exportation d’articles nécessaires pour fabriquer des armes de destruction massive, comme l’a demandé le Conseil de sécurité dans sa résolution 1540.

-- Je les exhorte de même à soutenir les efforts que consent, entre autres, le Directeur général de l’AIEA pour trouver moyen de garantir l’accès de tous les États au combustible et aux services nécessaires à leurs programmes nucléaires civils sans pour autant favoriser la diffusion de technologies sensibles. Il faut que les pays puissent satisfaire leurs besoins énergétiques croissants grâce à ces programmes mais sans que nous courions le risque de vivre dans un monde où de plus en plus de pays maîtrisent les phases les plus critiques du cycle du combustible nucléaire.

-- Enfin, je les exhorte à n’encourager ou n’autoriser aucun État à faire dépendre sa conformité aux initiatives visant à éliminer les armes nucléaires ou à arrêter leur prolifération des concessions consenties par d’autres États dans d’autres domaines. La sauvegarde de la vie humaine sur notre planète est trop importante pour être prise en otage.

À ceux qui prônent la priorité de la non-prolifération, je réponds ceci :

-- Il est vrai que certains progrès ont été accomplis en matière de désarmement nucléaire depuis la fin de la guerre froide. Certains États ont mis fin au déploiement de nombreuses armes nucléaires et ont éliminé des catégories entières de vecteurs. Les États-Unis et la Russie sont convenus de limiter le nombre d’armes nucléaires stratégiques qu’ils déploient et ont retiré de leurs navires et de leurs sous-marins les armes non stratégiques; le Congrès des États-Unis a refusé de financer la construction d’une bombe à profonde pénétration souterraine; la plupart des sites d’essais ont été fermés; des moratoires nationaux ont été déclarés au sujet des essais; trois États dotés d’armes nucléaires – la France, le Royaume-Uni et la Russie – ont ratifié le Traité d’interdiction complète des essais.

-- Les stocks demeurent pourtant dangereusement élevés : 27 000 armes nucléaires seraient toujours en service, dont 12 000 environ activement déployées.

-- Certains États semblent croire qu’ils ont besoin d’armes moins nombreuses mais plus petites et plus maniables – et semblent même avoir adopté l’idée d’en employer dans les conflits. Tous les États dotés d’armes nucléaires parties au TNP modernisent leurs arsenaux ou leurs vecteurs. Ils ne devraient pas s’imaginer que cela sera accepté comme étant compatible avec le Traité. Personne ne s’y trompera et chacun y verra un euphémisme pour le réarmement nucléaire.

-- On ne sait pas clairement non plus comment ces États envisagent de traiter les quatre pays capables d’acquérir des armes nucléaires en dehors du cadre du TNP. Ils brandissent la théorie des dominos si tel ou tel pays acquiert une capacité nucléaire, mais ils ne semblent pas savoir comment prévenir cet effet d’entraînement ou y répondre une fois la chose faite. Certainement, ils devraient au moins envisager des « dominos inverses », où des réductions systématiques et soutenues des arsenaux nucléaires dévaloriseraient ces armes et encourageraient d’autres États à suivre la même voie.

-- Au contraire, en se cramponnant à leurs arsenaux et en les modernisant, même en l’absence de menaces évidentes contre leur sécurité nationale que l’arme nucléaire pourrait éloigner, les États dotés d’armes nucléaires encouragent les autres – en particulier ceux qui sont réellement menacés dans leur région – à envisager cette arme comme étant essentielle, aussi bien pour leur sécurité que pour leur statut. Il serait beaucoup plus facile de faire front aux proliférateurs si l’existence même des armes nucléaires était universellement reconnue comme étant dangereuse et en fin de compte illégitime.

-- De même, les États désireux de décourager les autres d’entreprendre des essais nucléaires ou balistiques pourraient faire avancer leur cause de manière beaucoup plus convaincante s’ils accéléraient eux-mêmes l’entrée en vigueur du Traité d’interdiction complète des essais, mettaient fin à leurs propres essais de missiles et négociaient un instrument multilatéral robuste concernant ces engins. De telles mesures seraient beaucoup plus efficaces que toute autre pour faire progresser la cause de la non-prolifération.

-- D’importantes puissances, telles que l’Allemagne, l’Argentine, le Brésil et le Japon, ont montré, en refusant d’en fabriquer, que les armes nucléaires ne sont pas essentielles pour leur sécurité ni pour leur statut. L’Afrique du Sud a détruit son arsenal et est devenue partie au TNP. Le Bélarus, l’Ukraine et le Kazakhstan ont renoncé aux armes nucléaires provenant de l’ancien arsenal soviétique. Enfin, la Libye a abandonné ses programmes d’armement nucléaire et chimique. Les États dotés d’armes nucléaires ont applaudi à tous ces exemples. Ils feraient bien de les imiter.

-- Enfin, les gouvernements et la société civile de nombreux pays mettent de plus en plus en doute le bien-fondé de la doctrine de la dissuasion nucléaire, qui date de la guerre froide – justification avancée par tous les États possesseurs d’armes nucléaires – alors que nous nous trouvons dans une période où ce sont les acteurs non étatiques qui constituent une menace croissante. Avons-nous alors besoin d’élaborer des stratégies concertées pour prévenir la prolifération?

-- Pour ces diverses raisons, je demande à tous les États dotés d’armes nucléaires d’élaborer des plans concrets, assortis de calendriers déterminés, pour honorer leurs engagements en matière de désarmement. Je les exhorte de même à faire une déclaration d’intention commune pour parvenir à l’élimination progressive de toutes les armes nucléaires, sous un contrôle international strict et efficace.

En résumé, le seul moyen d’avancer est d’accomplir en parallèle des progrès sur les deux plans – la non-prolifération et le désarmement. Nous n’y parviendrons qu’en faisant simultanément front, de manière efficace, à la menace du terrorisme et aux dangers, réels ou rhétoriques, qui conduisent des États ou des régimes particuliers à rechercher la sécurité, aussi mal inspirés soient-ils, en mettant au point ou en acquérant des armes nucléaires.

Il s’agit là d’une tâche complexe et gigantesque, qui exige la prise de responsabilités, la confiance, le dialogue et la négociation. Mais ce qui est avant tout nécessaire, c’est un débat renouvelé, qui doit faire appel à tous les intéressés, respecter les normes des négociations internationales et réaffirmer l’approche multilatérale – celle de Woodrow Wilson – fermement ancrée dans les institutions, les traités, les règles et les normes de conduite appropriées au niveau international.

Permettez-moi de conclure en lançant un appel à tous les jeunes, où qu’ils se trouvent, et je constate avec plaisir qu’ils sont très nombreux parmi nous aujourd’hui.

Mes jeunes et chers amis, vous vous êtes déjà engagés de façon admirable dans la lutte en faveur du développement mondial, des droits de l’homme et de la protection de l’environnement. Je vous conjure d’apporter aussi votre énergie et votre imagination au débat qui nous occupe aujourd’hui. Je vous conjure enfin de nous aider à saisir les commandes de l’avion en détresse à bord duquel l’humanité s’est embarquée et à le mener à bon port avant qu’il ne soit trop tard.

 

 

 

Missile ou missive?
Les récents tests balistiques de la Corée du Nord sont loin d'être son premier feu d'artifice

Acte de folie, d'ineptie, voire d'irrationalité? Non. Rien de tout de ça. Que la Corée du Nord procède à sept tirs de missiles balistiques un 4 juillet, jour de fête nationale américaine, ce n'est pas pour dévoiler ses velléités offensives envers ses États voisins, mais plutôt pour attirer l'attention de la communauté internationale. Et particulièrement celle des États-Unis.

Depuis la fin de la guerre froide, Pyongyang se permet fréquemment de telles provocations sur la scène internationale. En 1994, son retrait du Traité de non-prolifération (TNP) avait déjà provoqué une crise dans la péninsule coréenne. D'intenses négociations avaient permis de sortir de l'impasse. Quatre années plus tard, elle avait procédé à un tir de missile balistique à longue portée qui avait eu pour effet d'accroître l'insécurité en Asie du Nord-Est. En 2002, elle avait provoqué une seconde crise nucléaire en se retirant à nouveau du TNP et en déclarant, peu après, posséder l'arme nucléaire. Suivant cette logique, semble-t-il, quadriennale, on ne doit donc pas s'étonner qu'en 2006 Pyongyang se permette à nouveau " ce feu d'artifice ".

Mais pourquoi attirer l'attention de façon aussi explosive? Kim Jong Il tolère bien mal le double discours américain face aux " États voyous " voulant se doter de capacités nucléaires. Ses exigences sont bien simples: une normalisation de sa relation avec les États-Unis par des pourparlers bilatéraux, ainsi qu'une reconnaissance de son droit à développer un programme nucléaire civil. Toutefois, l'administration américaine persiste et signe en stipulant qu'il s'agit d'un enjeu de sécurité régionale devant être résolu par un processus de négociations multilatérales.

En guise de compromis, la Corée du Nord participe, depuis 2003, à des pourparlers avec cinq autres États: les États-Unis, la Corée du Sud, la Chine, le Japon et la Russie. Lors de la quatrième ronde de négociations, le 19 septembre 2005, les six pays en étaient venus à un accord. Pyongyang s'engageait à renoncer définitivement à son programme balistique et nucléaire à des fins militaires et acceptait de réintégrer le TNP. En échange, il lui était accordé une aide économique et énergétique accrue, des garanties de non-agression de la part des États-Unis, une levée des sanctions économiques, ainsi qu'une éventuelle construction de réacteurs nucléaires à usage civil.

Toutefois, lors de la cinquième ronde des pourparlers, en novembre dernier, des dissensions sont survenues entre Américains et Nord-Coréens quant à l'application des termes de l'accord. Pyongyang exigeait la construction des réacteurs nucléaires à usage civil préalablement à tout désarmement. L'opposition américaine à cette condition nord-coréenne avait fait en sorte que les négociations sont au point mort depuis neuf mois.

Pendant ce temps, l'administration gère le dossier iranien en offrant à Téhéran ce qu'elle refuse à Pyongyang, soit des pourparlers directs de même qu'un programme d'enrichissement d'uranium à usage civil. Observant l'attention suscitée par l'Iran, la Corée du Nord a donc décidé de se faire entendre. Haut et fort. Comment réagiront les États-Unis et, dans une plus large mesure, la communauté internationale?

Une missive à longue portée?

Chose certaine, nous ne sommes pas à l'aube d'une seconde guerre de Corée. L'administration Bush reste très prudente et insiste sur le fait qu'il s'agit d'un problème relevant de la diplomatie. À ce titre, sa première réaction a été de dépêcher le négociateur en chef des États-Unis pour la région Asie-Pacifique, Christopher Hill, afin de coordonner une réponse avec les pays alliés dans la région.

D'un point de vue militaire, bien que le test nord-coréen se soit soldé par un échec- puisque le missile à longue portée s'est abîmé en mer au tiers de sa trajectoire- il y a de fortes chances pour que le Pentagone fasse pression sur l'administration Bush pour accroître les budgets alloués à la défense antimissile.

Le Conseil de sécurité de l'ONU a convoqué une réunion d'urgence afin de réagir à ce récent coup d'éclat nord-coréen. Américains et Japonais feront très certainement pression pour imposer des sanctions économiques contre le régime de Kim Jong Il. Cependant, étant donné la précarité économique du régime nord-coréen, la Chine et la Corée du Sud risquent de s'opposer à de telles mesures de peur qu'elles ne provoquent son effondrement. Ces deux États voisins de la Corée du Nord seraient alors aux prises avec une vague de réfugiés sans précédent et une crise humanitaire difficile à gérer. Les prochains jours seront donc significatifs pour évaluer si la missive envoyée par la Corée du Nord aura une portée aussi réduite que ses missiles.

Lévesque, Étienne. 6 juillet 20006. L'auteur est candidat à la maîtrise en relations internationales et chercheur à la Chaire Raoul-Dandurand en études stratégiques et diplomatiques à l'UQAM.

 

 

Essais nucléaires de la France entre 1960 et 1996
Lieux Souterrains Atmosphériques Total
Reggane   4 4
Moruroa 137 41 178*
Fangataufa 10 5 15
Total 160 50 210
* dong 12 tirs de "sécurité"
Essais nucléaires dans le monde entre 1945 et 1998*
Pays Souterrains Atmophériques Total
États-Unis 813 217 1030
Russie 494 221 715
France 160 50 210
Grande Bretagne 23 21 44
Chine 22 23 45
Inde 4 0 4
Pakistan 2 0 2
Total 1518 530 2050
* Estimation

 

ElBaradei: renoncez à l'arme nucléaire ou acceptez la prolifération

WASHINGTON - Le directeur de l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA), Mohamed ElBaradei, a estimé jeudi 25 mai 2006 à Washington que les grandes puissances devaient choisir: renoncer à l'arme nucléaire ou accepter à terme la prolifération. "Tant que quelques pays continuerons à répéter obstinément que les armes nucléaires sont indispensables à leur sécurité, d'autre pays les voudront", a déclaré M. ElBaradei, invité d'honneur à la cérémonie de remise des diplômes à un institut de relations internationales. "Nous sommes à la croisée des chemins. Soit nous commençons à nous éloigner d'un système de sécurité fondé sur les armes nucléaires, soit nous nous résignons à voir, comme l'avait prédit le président Kennedy dans les années 1960, 20 à 30 pays disposant de l'arme nucléaire", a-t-il estimé. "Les efforts pour contrôler la prolifération de ces armes ne feront que retarder l'inévitable - un monde où chaque pays, chaque groupe, revendique sa propre arme nucléaire", a insisté le chef des inspecteurs de l'ONU. M. ElBaradei a passé plusieurs jours à Washington, où il s'est entretenu de la crise autour du programme nucléaire iranien avec plusieurs responsables américains, notamment la secrétaire d'Etat, Condoleezza Rice, mercredi après-midi. Selon le chef de l'AIEA, qui a rencontré la semaine dernière à Vienne le principal dirigeant iranien chargé du dossier nucléaire, Ali Larijani, l'Iran est prêt à renoncer pour quelques années à son programme d'enrichissement d'uranium, dans le cadre d'un accord général avec l'Occident.

 

 

A Tokyo, le Secrétaire général de l'ONU appelle à renforcer le régime de non-prolifération nucléaire

18 mai 2006 – Abordant les crises en Corée du Nord et en Iran, le Secrétaire général a appelé aujourd'hui à Tokyo à renforcer le régime de non-prolifération nucléaire et à rétablir le pacte du TNP, qui repose sur le désarmement des pays qui ont l'arme atomique et le partage de l'énergie nucléaire pacifique et sur la vérification de ceux qui affirment ne pas posséder d'armes nucléaires.

« Le Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires (TNP) fait face aujourd'hui à une crise ? crise dans sa mise en oeuvre, crise de confiance », a déclaré le Secrétaire général, lors d'une allocution prononcée aujourd'hui à l'Université de Tokyo où il s'est vu décerner un diplôme honoris causa.

« Le TNP est fondé sur un contrat entre les pays qui possèdent l'arme atomique et le reste de la communauté internationale. Les premiers promettent de progresser dans le désarmement et de s'abstenir de menacer d'utiliser l'arme atomique contre les pays qui ne l'ont pas, tout en facilitant l'accès à l'énergie nucléaire. En échange, le reste de la communauté internationale s'engage à ne pas acquérir d'armes nucléaires et à accepter les vérifications sur le terrain », a rappelé le Secrétaire général.

« Aujourd'hui ces deux piliers sont remis en cause », a déploré Kofi Annan qui a souligné le fait que des milliers d'armes nucléaires sont encore en activité, prêtes à être déclenchées à tout instant et que la « doctrine politico-militaire » actuelle semble prête à accepter le recours à des armes plus puissantes lors de conflits.

Rendant hommage au Japon, le Secrétaire général a rappelé que « cette nation était parvenue au succès tout en s'engageant à ne pas fabriquer ni posséder d'armes nucléaires », envoyant un message fort au monde entier.

« Vous avez montré qu'un Etat n'a pas besoin d'armes nucléaires pour être 'normal' et qu'il n'a pas besoin d'être armé jusqu'aux dents pour avoir une influence », a dit Kofi Annan.

« Les sources de la véritable grandeur sont ailleurs. J'ai peur néanmoins que le monde soit en train de perdre de vue cette vérité première », a-t-il ajouté.

Comme il l'a déjà fait à de nombreuses reprises, le Secrétaire général a déploré le fait que la communauté internationale avait échoué à deux reprises, l'année passée, de renforcer le régime de non-prolifération du TNP : lors de la conférence d'examen du TNP et lors du sommet mondial 2005 (dépêche du 01.02.06).

« Tel un somnambule, la communauté internationale paraît se diriger » vers un monde « où un nombre croissant d'Etat se sent obligé d'acquérir des armes nucléaires et dans lequel les acteurs non étatiques peuvent acquérir les moyens de commettre des actes de terrorisme nucléaire », a dit Kofi Annan.

Le Secrétaire général a engagé à renforcer le régime de vérification, en convenant de faire du Protocole additionnel de l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA) le standard mondial pour la vérification du respect des obligations en matière de prolifération nucléaire.

Sur la situation en République populaire démocratique de Corée (Corée du nord), Kofi Annan a estimé que les espoirs soulevés en septembre, lorsque ce pays a accepté d'abandonner ses programmes nucléaires et de rejoindre le TNP et que les Etats-Unis ont affirmé qu'ils n'avaient pas l'intention d'envahir la Corée du nord, rendaient « l'impasse actuelle d'autant plus décevante».

Sur la situation en Iran, le Secrétaire général a estimé « très préoccupant » que l'AIEA n'ait toujours pas été en mesure de vérifier que le programme nucléaire iranien avait des fins purement pacifiques.

« L'Iran doit lever le nuage de suspicion qui pèse sur ses activités nucléaires », a-t-il affirmé.

Kofi Annan a estimé qu'il était « dans l'intérêt de l'Iran de saisir les propositions » faites par l'Union européenne et la Russie.

Il a aussi réitéré son appel à « baisser le ton » et à « s'abstenir de recourir à des mesures ou à une rhétorique de nature à exacerber la situation »

 

Iran : Arrêter l'escalade de la force et appliquer le TNP de manière innovante

Déclaration du Mouvement de la Paix :

Le Mouvement de la Paix exprime son inquiétude face à la montée des tensions entre l'Iran et le Conseil de Sécurité de l'ONU, et face à l'attitude de l'administration Bush qui a mis l'Iran sur la liste des " Etats- voyous ".

Nous sommes également inquiets vis-à-vis des dangers croissant de prolifération des armes nucléaires en Iran comme ailleurs tant les processus de désarmement semblent en panne.

Le Mouvement de la paix qui depuis 60 ans agit pour débarrasser la planète des armes nucléaires, ne souhaite voir aucun nouvel état se doter de l'arme nucléaire.

Il n'y a pas de solutions militaires pour lutter contre la prolifération nucléaire. Songer à de telles extrémités avec l'Iran est un non sens et source d'une terrible escalade. Le régime de Téhéran s'illustre par d'incessantes atteintes aux droits humains, contre lesquelles le Mouvement de la paix s'élève régulièrement, mais aucune croisade guerrière ne résoudra le problème.

Nous demandons aux autorités françaises de relancer la dynamique mondiale en faveur du désarmement en convoquant une conférence internationale. Un signe de sa bonne foi serait de poser un moratoire sur la construction des nouveaux missiles nucléaires M51, contraire aux engagements du TNP (1). La violation incessante des puissances nucléaires du TNP est le meilleur argument de tous les Etats proliférateurs.

Tout en appelant au développement des énergies renouvelables, nous proposons que l'enrichissement de l'uranium et son retraitement ainsi que toutes les activités sensibles du cycle nucléaire se fassent au plan mondial dans le cadre d'un consortium international placé sous l'égide des Nations Unies et de l'AIEA avec un contrôle citoyen exercé par des scientifiques et des ONG internationales compétentes.

Le système international de contrôle doit être renforcé de toute urgence et un Traité d'interdiction du transfert des matières fissiles voir le jour.

Il est temps que le grand débat mondial sur la prévention et la gestion des différends internationaux s'élargissent aux citoyens, pour en finir avec le droit du plus fort et du mieux armé, qui pousse à une course aux armements infinie.

Pour cela, l'ONU doit être renforcée et démocratisée, il y va de la paix du monde.

______________________

(1) Dans son article 6 le Traité de Non Prolifération engage les puissances nucléaires a oeuvrer de bonne foi au désarmement. Avec son programme de modernisation, la France ne respecte pas cet article.

 

 

Communiqué du Mouvement de la Paix du 19 janvier 2006

JACQUES CHIRAC : DES MENACES ILLÉGALES ! 

Le Président de la République vient de s’aligner à l’Ile Longue sur la doctrine des États-Unis d’utiliser l’arme nucléaire sur les champs de batailles ou à l’encontre d’éventuels pays soupçonnés de soutenir des initiatives terroristes. C’est contraire aux engagements de ne jamais utiliser l’arme nucléaire en premier. NON , Mr Chirac ! on ne répond pas au terrorisme en commettant un crime contre l’humanité mais en s’attaquant aux causes réelles qui provoquent les conflits. En voulant jouer aux apprentis sorciers on oublie que les armes nucléaires tuent non seulement des innocents mais qu’elles menacent aussi la santé des générations futures et polluent l’environnement planétaire . Tchernobyl, Hiroshima et les essais nucléaires en apportent une preuve éclatante et expliquent pourquoi le tribunal international de la Haye le 8 juillet 1996 a déclaré la menace ou l’emploi d’armes nucléaires contraire au droit international et rend aussi obligatoire le désarmement nucléaire. Montrer l'exemple en France, c'est se mettre dans la meilleure position pour l'exiger des autres, tant à Téhéran qu'à Washington, Londres, Moscou, Pékin, Tel-Aviv, Islamabad. Pour la sécurité et la paix , le monde a besoin de justice, de développement humain et de démocratie et non de bombes toujours plus dangereuses, ruineuses et inutiles.

 

Lancement du "comité de vigilance Parlementaires/Ong pour le désarmement nucléaire et l'application du TNP"

Le mercredi 27 avril, à la veille de l'ouverture à New York de la conférence de révision du TNP, des représentants des 3 groupes, Verts, PCF et UMP et des représentants du Mouvement de la Paix et de l'Association des médecins pour la prévention de la guerre nucléaire ont échangé sur l'avenir du désarmement nucléaire et convenu de l'importance d'une concertation permanente sur le désarmement et en particulier le suivi des actions de la France dans ce domaine.

Il a été convenu ce qui suit :

  • La constitution d'un Comité de vigilance Parlementaires/Société civile pour le désarmement nucléaire, destiné à informer, évaluer, auditionner sur les enjeux, défis et obstacles au désarmement nucléaire.
  • La convocation d'une réunion le 22 juin à l'Assemblée nationale pour dresser le bilan de la Conférence de Révision et constituer formellement le Comité de vigilance.
Cette réunion invitera largement parlementaires et ONG, Partis, syndicats. Plus d'infos bientôt.

 

Conférence de Tlatelolco : Kofi Annan appelle à la création de nouvelles zones exemptes d'armes nucléaires

26 avril 2005 Dans un message à la conférence des Etats membres des zones exemptes d'armes nucléaires qui se déroule au Mexique, le Secrétaire général a encouragé ce mouvement vers l'élimination totale des armes nucléaires et engagé à la création de nouvelles zones, notamment au Moyen-Orient et en Asie.

 

« L'édification d'un système de sécurité collective efficace pour le XXème siècle doit avoir comme priorité urgente de prévenir la prolifération nucléaire et de promouvoir la réduction des arsenaux nucléaires et l'élimination totale des armes nucléaires », a déclaré le Secrétaire général dans un message à la Conférence des Etats parties aux traités établissant des zones exemptes d'armes nucléaires, qui se déroule à Tlatelolco, au Mexique, du 26 au 28 avril 2005.

Dans son rapport intitulé « Dans une liberté plus grande : vers le développement, la sécurité et les droits de l'homme pour tous », le Secrétaire général soulignait que « la non prolifération et le désarmement sont dans l'intérêt de tous les Etats ».

« Dans ce contexte, j'appelle au renforcement des efforts afin de garantir l'entrée en vigueur au plus tôt du Traité portant création d'une zone exempte d'armes nucléaires en Afrique (Traité de Pelindaba) », a déclaré le Secrétaire général.

« Il est aussi important de créer de nouvelles zones, en particulier au Moyen-Orient et dans d'autres régions d'Asie », a souligné Kofi Annan, qui s'est félicité des progrès importants accomplis pour créer une telle zone par les cinq pays d'Asie centrale.

A la veille de la Conférence d'examen des parties au Traité de non-prolifération nucléaire, le Secrétaire général a conclu : « J'espère que la réunion de Tlatelolco rappellera aux Etats l'importance non seulement stratégique et morale des zones exemptes d'armes nucléaires, mais aussi des possibilités de progrès […] dans notre quête pour créer un monde exempt d'armes nucléaires ».

 

Lutter différemment contre le terrorisme nucléaire, proposition du directeur de l’AIEA :

Propos recueillis lors de la conférence Asie-Pacifique sur la sécurité et la protection nucléaires à Sydney.

(Source : Centre de nouvelles ONU, le 08 novembre 2005)

« La menace du terrorisme nucléaire réelle et présente doit être combattue en contrôlant mieux la production d'uranium enrichi et le retraitement du plutonium et en réagissant rapidement au non-respect des engagements pris, à l'inverse de ce qui a été fait à l'égard de la Corée du Nord » a souligné aujourd'hui le directeur de l'agence de l'ONU pour l'énergie atomique lors de la Conférence Asie-Pacifique sur la sécurité et la protection nucléaires de Sydney.


« Alors que, pendant des siècles, les stratégies en matière de sécurité ont été fondées sur les frontières, le facteur déterminant de la modification drastique de la sécurité internationale a été la mondialisation », a déclaré le directeur de l'Agence internationale de l'énergie atomique Mohamed El Baradei. « Nos approches en matière de sécurité nationale et internationale doivent tenir compte de cette réalité », a-t-il précisé, citant l'interdépendance de la société moderne et de la montée du terrorisme international en parallèle au mouvement incessant de personnes, d'idées et de biens. « L'existence d'une menace nucléaire est une menace partout et, en tant que communauté globale, nous gagnerons ou perdrons cette bataille ensemble ». Pierre angulaire des efforts en la matière, le Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires (TNP), en dépit des failles dans le système, continue d'apporter des assurances importantes en matière de sécurité, en garantissant que, dans la grande majorité des Etats qui ne disposent pas de l'arme nucléaire, l'énergie nucléaire n'est pas détournée à des fins militaires, a souligné le directeur de l'AIEA. « Bien que le TNP soit parfois perçu comme un projet du monde industrialisé, il profite à tous, en dehors des clivages géopolitiques », a-t-il indiqué, soulignant que des enseignements devaient être tirés de l'expérience en Iraq, en Iran et en Libye, ainsi qu'en Corée du Nord. « La leçon la plus importante est sans doute que la vérification et la diplomatie, utilisées de concert, peuvent être efficaces ». (…)


La conclusion est qu'il faut trouver des moyens pour mieux contrôler les phases sensibles du cycle du combustible  - à savoir la production d'uranium enrichi et le retraitement du plutonium - thème qui doit faire l'objet d'un rapport qui sera rendu en mars prochain.


L'évolution de la Corée du Nord ces 18 derniers mois fournit également une leçon importante : « la communauté internationale ne peut se permettre de ne pas agir rapidement en cas de non-respect, et avant que ne disparaissent les alternatives possibles ». (…)


La leçon finale, a-t-il déclaré, est que « de l'insécurité naît la prolifération. Pratiquement toutes les situations de prolifération concernent des régions où existent depuis longtemps des tensions. En d'autres termes, la prolifération nucléaire est un symptôme, et le patient ne peut être soigné si l'on ne remédie pas aux causes sous jacentes de l'insécurité et de l'instabilité. Par ailleurs, dans le domaine de la sécurité nucléaire contre le terrorisme, Mohamed El Baradei a indiqué que la coopération internationale était devenue la marque principale des efforts en la matière, mais que certains pays manquaient encore des moyens de lutter contre le terrorisme nucléaire et radiologique « La menace du terrorisme nucléaire est réelle et présente ». Il rappelle que l'AIEA distinguait quatre menaces principales : l'acquisition par le vol d'armes nucléaires, la création de dispositifs nucléaires utilisant des matériaux volés, l'utilisation de sources radioactives dans des engins à dispersion radiologiques, et les dommages radiologiques causés par une  attaque ou le sabotage d'un site ou d'un véhicule de transport. Selon le directeur de l'AIEA, si certains experts partagent l'avis du directeur général du Service de sécurité du Royaume-Uni, pour qui « le lancement d'une attaque rudimentaire chimique, biologique, radiologique ou nucléaire sur une grande ville occidentale n'est qu'une question de temps », pour sa part, l'agence a enregistré 630 incidents de trafic depuis 1993 dont 60 pour l'année 2003.

Le directeur de l'AIEA a souligné à cet égard l'importance de la prévention, de la détection et d'une réponse rapide et coordonnée.

Retrouvez l’intégralité de l’article sur le site www.un.org/french/newscentre/

Exigences du moment présent : Mai 2005

Pour prévenir l'avenir de notre planète et des générations futures :

  • exigeons l’application immédiate du TNP et en particulier de son article 6 qui prévoit l’élimination des armes nucléaires sous contrôle international strict et efficace

  • demandons que la France et l’Union Européenne prennent des initiatives majeures pour l’application du TNP dans la perspective de la conférence de révision du TNP qui aura lieu à l’ONU à New York en Mai 2005.

Les 13 engagements pris lors de la Conférence de Révision de l'an 2000 par tous les États signataires du TNP et dont il faut exiger la mise en œuvre

 

  1. signature du Traité d'Interdiction Complète des Essais (TICE) sans délai et sans condition.
  2. l'arrêt des essais nucléaires et de tout autre type d'explosion nucléaire.
  3. La négociation à la Conférence du Désarmement de Genève d'un traité sur l'interdiction de production de matières fissiles. Date limite pour aboutir: 2005.
  4. Création d'une sous-structure de la Conférence du Désarmement pour négocier le désarmement nucléaire.
  5. Toute mesure de désarmement nucléaire devra avoir un caractère irréversible.
  6. Le renouvellement de l'engagement des Etats nucléaires de leur décision sans équivoque d'accomplir une élimination totale de leurs armes nucléaires comme cela est écrit dans l'article VI du TNP.
  7. Le respect complet des traités de désarmement nucléaire START II et START III et le renforcement du Traité ABM.
  8. Le renforcement de l'accord tripartite USA-Russie-AIEA
  9. Les étapes de désarmement nucléaire seront menées de telle façon à garantir la stabilité internationale. On respectera les règles suivantes: 1-efforts de réductions unilatérales, 2-transparence des mesures prises, 3-réduction concernant aussi les armes nucléaires non-stratégiques, 4-réduction du niveau d'alerte des systèmes nucléaires, 5-diminution du rôle des armes nucléaires dans les politiques de Défense, 6-les Etats nucléaires engageront au plus vite un processus d'élimination totale de leurs armes nucléaires.
  10. Arrêt de la production de plutonium. Toutes les matières fissiles seront placées sous contrôle de l'AIEA avec des processus de vérification pour s'assurer que ces matériaux ne retournent pas dans des programmes militaires.
  11. Ré-affirmation que le but ultime poursuivi est un processus de désarmement général et complet sous contrôle international.
  12. Des rapport réguliers seront fourni dans le cadre du Traité de Non Prolifération par tous les Etats parties, par rapport au respect de l'article VI.
  13. Il sera développé de nouveau moyens de vérifications pour s'assurer du respect des accords de désarmement et la pérennité d'un monde sans arme nucléaire.

En commentaire nous pouvons faire les observations suivantes :

Point 1-Les Etats Unis ont jusqu’à présent refusé de ratifier ce traité .

Point 2 - Les USA (avec le laser NIF) mais aussi la France ( au Mégajoule près de Bordeaux) contreviennent à ces dispositions .

De plus les Etats Unis n'excluent pas une reprise de leurs essais pour la mise au point de mininukes (armes nucléaires miniaturisées pour une utilisation sur le champ de bataille ).

Points 3 et 4 : Actuellement on n’avance pas à la Conférence de Genève. Les opinions publiques doivent intervenir pour exiger des initiatives politiques .

Point 7 : Les USA ont dénoncé unilatéralement le traité ABM pour lancer leur programme de bouclier anti-missiles.

Les USA et la RUSSIE ont remplacé les traités START par le traité SORT( accord Bush-Poutine ) qui les autorise à conserver "en réserve" leurs armes nucléaires après démontage (ce qui viole d'ailleurs l'article 5). De plus, dans le traité SORT (mai 2002) les mesures de vérification prévues dans les accords SALT ont été supprimées.

 

 

Le mercredi 29 septembre 2004

FRANCE : La justice enquête sur les essais nucléaires

Emmanuel Parisse - Agence France-Presse - Paris

Huit ans après la fin des essais nucléaires français dans le Pacifique, deux juges d'instruction parisiens ont été désignés pour enquêter sur les conséquences sur la santé des personnels civils et militaires des essais menés entre 1960 et 1996.

Les juges Anne Auclair-Rabinovitch et Anne-Marie Bellot du pôle santé du Tribunal de Grande Instance de Paris, ont été saisis le 20 septembre d'une plainte contre X, pour «homicide involontaire» et «atteinte involontaire à l'intégrité physique». Elles devront se pencher sur les pathologies cancéreuses observées chez certains vétérans des essais nucléaires, afin de tenter de mettre au jour un éventuel lien entre ces maladies et les radiations atomiques.

En novembre 2003, onze personnes et deux associations - l'Association des vétérans des essais nucléaires (AVEN, qui affirme regrouper plus de 1000 adhérents), l'Association polynésienne Moruroa E Tatou (qui revendique plus de 1100 anciens travailleurs des sites nucléaires français en Polynésie) - avaient déposé une plainte avec constitution de partie civile, un type de plainte qui débouche presque automatiquement sur l'ouverture d'une information judiciaire.

La plainte, qui avait reçu l'appui du parti écologiste français Les Verts et du Parti communiste français, visait à «rechercher des preuves et identifier les responsables», selon Me Laurence Chevé, l'une des avocates des plaignants. «Le but n'est pas de remettre en cause la politique nucléaire de la France», assure l'avocate.

 

Déclaration finale de l'assemblée générale d'Abolition 2000

New York, le 13 avril 2002

Attendu que lors de la Conférence de révision du TNP, à New York en mai 2000, les 187 États signataires ont donné leur accord à un plan en 13 points pour l'élimination des armes nucléaires;

Attendu que ce plan en 13 points stipule que "les États nucléaires entreprendront de façon non équivoque l'abandon total de leur armement nucléaire", ceci doit donc permettre au désarmement nucléaire d'aboutir;

Attendu que les attentats du 11 septembre 2001 montrent que la grave crise qui menace la sécurité de toutes les nations, est dirigée contre des populations civiles, il s'agit donc d'une menace universelle et extrêmement grave, un dramatique trait commun du terrorisme et de la dissuasion nucléaire ;

Nous, les participants de l'Assemblée générale annuelle du Réseau Abolition 2000, réunis à New York, USA, le 13 avril 2002, déplorons les faits suivants, malheureusement vrais, alors que la Traité de non-prolifération (TNP) est entré en vigueur depuis plus de 32 ans (liste partielle):

q       Les programmes de modernisation des arsenaux nucléaires se poursuivent et les installations où ils sont conçus et fabriqués continuent leurs activités. La taille et la nature de ces programmes montrent que les Etats possesseurs d'armes nucléaires ont l'intention évidente de conserver leurs arsenaux nucléaires pendant de nombreuses décennies. De plus, ces Etats continuent de perfectionner leurs armes nucléaires et leurs vecteurs.

q       Comme cela a été récemment révélé par la publication de la nouvelle doctrine nucléaire américaine (Nuclear Posture Review), il est développé de nouveaux types d'armes nucléaires destinées à une éventuelle utilisation. C'est une remise en cause du processus de désarmement nucléaire car cela tend à légitimer les armes nucléaires comme outil de la force militaire d'une part et cela relance la probabilité d'une nouvelle course aux armements d'autre part.

q       La décision de l'Administration Bush de dénoncer le Traité ABM (anti-ballistic missile) et d'engager un programme ambitieux de bouclier antimissile impliquant de nombreux développements, hypothèque gravement le processus de désarmement nucléaire. En réaction, d'autres Etats possesseurs d'armes nucléaires peuvent aussi vouloir moderniser leurs arsenaux nucléaires. Les applications militaires de ces recherches sont nombreuses. Les technologies concernées, des satellites et autres moyens de détection aux intercepteurs et missiles, vont relancer vraisemblablement une course aux armements dans l'espace.

q       Les Etats-Unis et la France construisent des lasers pour réaliser la fusion par confinement inertiel (NIF aux USA et Mégajoule en France), installations destinées à l'étude d'armes nucléaires par des moyens expérimentaux, destinés aussi à former de nouvelles générations de chercheurs militaires. Ces nouvelles installations pourraient aboutir dans le long terme à concevoir des armes à fusion pure.

Le contexte international actuel montre clairement l'inutilité d'un armement nucléaire pour régler les crises ouvertes ou larvées que sont les conflits régionaux engendrés par la volonté de puissance, les inégalités et les injustices. Des génocides et des crimes de guerre comme ceux qui ont eu lieu récemment (Rwanda, Kosovo), ne peuvent être empêchés par l'exercice de la menace nucléaire sur leurs auteurs. Le terrorisme international, lui non plus, ne peut être dissuadé par le chantage nucléaire.

La défense de la démocratie, de la justice et de la paix ne peut pas cohabiter avec la menace d'anéantissement de populations. Nous constatons que la chute de régimes racistes ou totalitaires (Afrique du Sud, pays d'Europe de l'Est...) n'a pas été causée par la menace nucléaire. Pour augmenter notre sécurité, l'abolition des armes nucléaires est une urgence, des efforts internationaux pour promouvoir la paix et la justice sont des impératifs.

Nous renouvelons l'appel du Conseil Mondial d'Abolition 2000 lancé le 14 mars 2002 pour condamner la Nuclear Posture Review, cette nouvelle doctrine nucléaire des Etats-Unis qui vise à développer de nouvelles armes nucléaires de petit calibre et donc destinées à être utilisées. Nous demandons une élimination immédiate de ces armes nucléaires.

Nous appelons tous les Etats possesseur d'armes nucléaires ainsi que toutes les nations représentées à la Conférence préparatoire de révision du TNP, New York, avril 2002, de décider des actions concrètes pour montrer leur attachement au désarmement nucléaire. Nous demandons avec insistance qu'une décision soit prise de mettre hors-alerte les armes nucléaires actuelles. Nous exigeons qu'il y ait des rapports réguliers faits à chaque conférence de révision du TNP et aux conférences de préparation, ces rapports doivent concerner les progrès des Etats pour respecter le plan en 13 points décidé à la Conférence de révision du TNP en 2000 à New York. Enfin nous appelons la communauté internationale à tenir sans délai une conférence pour négocier une Convention d'Abolition des armes nucléaires comportant un calendrier de mise en œuvre et des moyens de vérification appropriés.

Fait à New York, le 13 avril 2002, par les participants à l'Assemblée générale annuelle du Réseau Abolition 2000 (USA, Russie, France, Norvège, Allemagne, Japon, Biélorussie, Egypte, Nouvelle Zélande). Le Réseau Abolition 2000 regroupe plus de 2000 organisations non-gouvernementales dans plus de 90 pays en but de l'élimination des armes nucléaires.

 

"Combat pour la Paix" n° 488 - Novembre décembre 2003

 

Armes nucléaires : les nouveaux défis

Interview de Jean-Marie Collin, journaliste indépendant et chercheur associé au CDRPC. Spécialisé sur les questions des forces nucléaires françaises et britanniques, des nouvelles armes nucléaires et sur les traités de désarmement nucléaire.

1 Quel est l'état des lieux actuel des forces nucléaires en Europe ?

 

 

La France et le Royaume-Uni sont les seuls membres de l'Union européenne à disposer et à développer un armement nucléaire. Respectivement quatrième (348 ogives nucléaires) et cinquième puissance nucléaire (185 ogives nucléaires), ces deux États aspirent à maintenir cet arsenal, à la fois comme arme d'ultime recours (bien que l'on assiste à une évolution des doctrines d'emploi des deux côtés de la Manche) et pour disposer d'une voix prépondérante sur la scène internationale. Paris (avec le laser Mégajoule) comme Londres (participation au programme américain National Ignition Facility) mettent en place un programme de simulation nucléaire qui, une fois opérationnel (20/11/2008), leur permettra de concevoir de nouvelles armes nucléaires. Les Etats-Unis entreposent également sur le sol européen 150 ogives tactiques, réparties entre six pays membres de l'Otan.

 

2 Vous avez étudié une proposition d'initiative franco-britannique de désarmement. Quelle est-elle ?

Cette proposition, s'appuie sur le rapport de la Commission Canberra qui définie les étapes nécessaires pour parvenir à un désarmement nucléaire général. Or, depuis le milieu des années 1990, la France et le Royaume-Uni ont développé une politique de désarmement commune au niveau international (notamment avec la signature de traités en commun). Si Paris et Londres prenaient l'engagement officiel d'abandonner l'armement nucléaire dans le cadre de la construction européenne — au travers d'un programme de diminution progressive de leurs arsenaux nucléaires — cela entraînerait une dynamique de désarmement international. En effet, une telle décision serait immédiatement soutenue tant par les membres de l'Union européenne (majoritairement hostile aux armes nucléaires) que par les 111 pays appartenant à une zone exempte d'armes nucléaires. La Russie ne pourrait que soutenir ce projet qui implique de fait le départ de l'arsenal nucléaire américain du sol européen.

 

3 Comment la société civile et les gouvernements peuvent-ils ensemble porter ce projet ?

Soyons clair, un projet aussi ambitieux ne pourra réussir que si la Société civile en est l'initiatrice et le moteur. Seule une importante mobilisation peut conduire les gouvernements à reprendre à leur compte la perspective d'une Europe sans armes nucléaires. Du coup, l'information joue un rôle clé, à condition de l'adapter en fonction de l'auditoire auquel on s'adresse (médias, dirigeants politiques, jeunes, etc.). Il est également important de montrer que l'économie de guerre peut se transformer en une économie de paix (ne serait-ce qu'avec le travail créé par le démantèlement des Infrastructures nucléaires militaires). Une première étape pourrait être le lancement d'une campagne d'interpellation en direction des dirigeants politiques franco-britanniques, en s'appuyant sur les réseaux en faveur du désarmement nucléaire déjà existants dans les deux pays, mais également parmi les autres membres de l'Union européenne. Les prochaines élections européennes comme le projet de constitution peuvent être également des lieux et des temps où poser la question d'une Europe sans armes nucléaires.

 

 

Contributions au débat

déclaration de Rovereto, 2006

 

déclaration d'Hiroshima, 2005